dimanche 19 février 2012

Le théâtre du monde

Observe le théâtre le plus immense qui soit : le monde et ses habitants. Vois cette armée d’âmes qui se précipitent dans l’arène des profits et des pertes. De tous côtés déferlent les vagues d’un océan de folie. L’homme perspicace entend les clameurs, les révoltes et les tumultes. Entre puissants et démunis ce ne sont que disputes et conflits. Entre nobles et indignes, épées, lances et flèches font la guerre. De chaque bord les armées sont rangées en ordre de bataille et chaque colline est couronnée de canons prêts à faire feu. De loin l’éclat des épées de l’ennemi et des lames acérées de la haine, étincelants dans la nuit hivernale, blessent la vue. Bref, les moyens de lutter, de se battre et de faire la guerre sont réunis et sont prêts.
Pendant ce temps, dans les rues résonnent les instruments des musiciens : harmonies du luth, des clochettes et des flûtes, chants et ébats joyeux, cris d'allégresse et rires. Mais vois par ailleurs quelle corruption ostentatoire ! Vois les ornements, l’or et les bijoux des mondains, le décor et l’apparence des vanités et des possessions terrestres, le raffinement ostensible des choses périssables qui ne sont pourtant que poussière et boue.
Ailleurs encore entend gémir et crier malheur ! Protestations, soupirs, cris plaintifs et plaintes amères montent jusqu’au ciel. Ce ne sont que voix tremblantes et gémissements de souffrance, lamentations du pauvre, sanglots poignants de ceux qui se noient dans une mer de catastrophes.
Ici, on découvre la brulûre de la séparation, le feu des tentations, les flammes du désir. On voit des rois soupirant d’indécision, de stupides ministres sans programme. Là, sur le champs de bataille des opinions et de la réthorique, on voit des dirigeants confus qui se disputent : tout y est passion et émotion, intrigues et trahisons, destruction et reconstruction, louanges et blâmes des dirigeants des royaumes et des régions.
Bref, si tu observes toutes ces scènes d’un œil perspicace, tu verras ce qu’elles sont vraiment et voyant leurs résultats, leurs tenants et leurs aboutissants, tu comprendras qu’elles ne sont que mirages dans la plaine et miel empoisonné. En quelques jours toutes ces choses passeront de l’existence à la non-existence, à la mort, au néant.
Mais quand tu te détournes de ce monde obscur et que tu lèves les yeux vers le ciel, alors tu vois lumière sur lumière, tu perçois ce qui est constant et stable, tu contemples l’éternel et l’immuable, tu comprends la réalité des mystères. Heureuse l’âme pure qui, détachée de ce monde frelaté et terni, cherche plutôt à s’attacher à la pureté, à l’indépendance et à la noblesse du monde qui dure.
 
Traduction Pierre Spierckel
D’après le texte anglais de Sen McGlinn traduit du persan.
Publié dans Selections from the Writings of ‘Abdu’l-Bahá (en persan), vol 3, p 37